Le Figaro s’adresse aux fins analystes politiques que sont ses lecteurs. “Le drame de Toulouse marque-t-il un tournant dans la campagne ?”. Comprenez, “Nicolas Sarkozy peut-il profiter de l’instrumentalisation de l’horreur et s’en servir jusqu’à l’élection pour masquer son bilan sécuritaire et économique ?”.
Malgré la confiance que le Figaro accorde à la lucidité de son lectorat, ils ont tout de même pris la précaution de leur souffler la réponse.

Ainsi trouvait-on ce matin sur le site la question, suivie d’un formidable article nous expliquant pourquoi le drame a effectivement marqué un tournant dans la campagne. Extraits choisis :
“Informé mardi après-midi que le tueur était localisé, le président a passé une nuit blanche”. Mais quel homme ce Nicolas tout de même !
«Il était dans l’épure de ce qu’est la responsabilité exécutive suprême», note un ministre. Rien que ça
«Il ne faut pas donner l’impression qu’on exploite cette affaire, renchérit un ami du président». Allons bon. C’est d’ailleurs pour cela que le Figaro écrit quelques lignes plus bas :
Le député UMP Damien Meslot, membre de l’équipe du porte-parolat du candidat, juge qu’on est à un «tournant de la campagne». «François Hollande est apparu comme un “Petit Chose” qui copiait son “grand frère” Sarkozy», raille-t-il.
La conclusion est un modèle du genre et vient consacrer la qualité de la collaboration entre les équipes de communication du Figaro et celles de l’Elysée :
Sans le dire trop haut, les proches du président jugent que le dénouement de la tragédie de Toulouse renforce la dimension «protectrice» d’un Sarkozy «garant de l’unité nationale». D’autres font valoir que l’arrestation du tueur est à mettre au crédit des services de renseignements, réorganisés par le chef de l’État au début de son quinquennat. «On ne va pas le dire tout de suite mais les fichiers contre lesquels la gauche s’est toujours opposée sont une manière efficace de lutter contre le terrorisme», note un proche du président. Rappelons tout de même que malgré cette lutte efficace contre le terrorisme, 7 personnes sont restées sur le carreau…
Malgré les précautions prises par le Figaro pour transformer le président-candidat en superman-candidat, il semble que 33% d’analphabètes n’aient pas compris la question (ou n’aient pas pris le temps de lire la réponse proposée). Quelle ingratitude, tout ce travail de propagande pour un résultat si partagé…
